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Samedi 2 octobre 2021,
10H à 13H
Combe aux fées - Talant
Tarifs : Gratuit

WE#3 - SAFARI

Céline Larrère
MORULA

Un safari faute aux danseurs, une expérience exceptionnelle pour un public d’exception.

Partez à la découverte de la réserve chorégraphique naturelle autant qu’artificielle, qui vous émerveillera par sa faune locale aussi surprenante que bigarrée.

Immersion dans la nature et rencontres authentiques.

Profitez de ce circuit privilégié pour traverser des lieux mythiques, entre excursions en voiture et balades à pied. De bush à oreille, à l’affût ou en mouvement, pistez les plus rares spécimens des espèces menacées d’extinction de la performance contemporaine.

Attendez-vous à vivre des expériences. Passez également des instants. Contemplez.

A propos
du spectacle

VACHE HALETANTE

 

Les prémices de Safari ont germé à la fin de l’été 2019. Je menais alors une expérience de danse partagée par une douzaine de génisses montbéliardes et quelques humains au beau milieu d’ une prairie sèche classée Natura 2000, sise dans les plateaux calcaires de Haute-Saône, non loin de mon village natal. 

 

J’avais pensé donner un atelier convivial à la fine fleur de l’éducation nationale comtoise, et me trouvai plutôt esseulée, à interroger la communication interespèces comme métaphore de la relation du performer au public tout en pistant les participantes éparpillées sur les quelques hectares où nous travaillions. Je trouvai grand plaisir à être en chasse, traquant la danse dans chaque détail, vivant chaque rencontre comme une expérience radicale de l’altérité, qu’il s’agisse de participantes émergeant de fourrés ou de mantes religieuses ayant colonisé mon sac à dos. 

 

C’était fin septembre et le soleil m’avait laissé son sceau vermeil au beau milieu du visage, je me sentais exploratrice de fond de terroir, j’avais l’impression d’être une anglaise d’outre-temps en Safari. Forte de cet étourdissement sensoriel, je décidai que cette excitation de spectatrice en mouvement sur la piste ferait l’objet d’un prochain travail de création.

 

EN PISTE

 

La lecture de Sur la piste animale de Baptiste Morizot est venue étoffer mes réflexions sur l’expérience du pistage. Le pistage, découplé de l’acte de prédation, y devient une forme de l’attention, tout en faisant lien avec une altérité largement invisible. Lorsque l’on piste un animal, il s’agit d’affiner son attention, d’aiguiser ses perceptions pour apprendre à voir et à sentir ce qui fait potentiellement signe. C’est un art de spéculer, de formuler des hypothèses, tout en se glissant dans la peau d’ êtres radicalement autres mais avec lesquels nous partageons un passé phylogénétique, et surtout avec lesquels nous cohabitons, que nous le voulions ou non. 

 

Dans le pistage, il y a du sensible et de l’empathie , de la pensée et de la transformation, de la joie et des prises de risques, qui nous ramènent à notre condition d’être vivant parmi d’autres êtres vivants dont nous avons pris l’habitude d’être plutôt les prédateurs mais dont nous sommes également les proies.

 

Cette lecture a résonné fortement avec ma pratique chorégraphique. En effet, le coeur de mon travail s’est construit autour des questions de l’attention et de la relation, et c’est comme si tout à coup le pistage devenait une allégorie de la pratique performative.

Je souhaitais donc explorer cette pratique afin d’élaborer une partition chorégraphique qui permette de mobiliser les enjeux qui la sous-tendent, proposer une manière différente d’entrer dans des paysages habités, en se fiant à des signes minuscules tout autant qu’à des horizons grandioses.

 

LE DISPOSITIF

 

met littéralement les spectateurs en mouvement. Ces derniers sont invités à arpenter un territoire donné mais relativement vaste (quelques hectares) où ils sont amenés à pister, c’est à dire à traquer, et à rencontrer (ou non) des événements, qu’ils soient performatifs ou non. 

Dans le safari, il s’agit de parcourir des paysages à la recherche d’êtres vivants à suivre, sentir, deviner, regarder, observer, photographier, parfois tuer. Dans ce Safari, il s’agit pour les spectateurs de parcourir des paysages à la recherche d’êtres divers à suivre, sentir, deviner, regarder, observer, parfois tutoyer.

Les enjeux dramaturgiques se construisent dans la distribution plus ou moins aléatoires  au fil du temps et de l’espace des différentes entités en présence (humaines et non humaines, performeuses et spectatrices, animales et végétales, terrestres et astrales, réelles et imaginaires, bruyantes et silencieuses…) En engageant l’attention du public de cette manière particulière, la surprise de la rencontre et l’excitation de l’imprévu sont à l’honneur.

 

BÊTES SANS SCÈNES

 

Au sein de l’espace de jeu choisi et délimité, les performers se déplacent, migrent, voyagent ensemble ou par petits groupes d’individus, et sont au travail de leur partition chorégraphique et langagière sans pour autant forcément chercher à attirer l’attention. Jamais seuls, toujours en duo avec des êtres présents ou absents, visibles ou invisibles, ils sont eux-mêmes dans une pratique de pistage qui les met en mouvement.

 

Cette partition est une mise en jeu de multiples relations : à l’ environnement, à l’espace, au temps, aux autres entités, qu’elles soient humaines ou non, vivantes ou non, perceptibles ou non. Au fil des sessions de travail dans l’espace choisi pour jouer, nous aiguisons une pratique commune autour de l’improvisation, où s’entremêlent transformation et cohabitation, attente et surprise, visible et invisible. Avant tout, il est question de la rencontre du vivant, dans son ajournement comme dans son achèvement.

 

De et avec : Vidal Bini, Céline Larrère, Bleuène Madelaine, Mathilde Monfreux, Eve Petermann, Diane Sorin

Costumes : Anne Vaudrey.

Avec le soutien de : 

DRAC Bourgogne Franche-Comté, Le Dancing CDCN de Dijon, Mi-Scène Poligny.

 

©Bruno Fournier

 

Biographie de Céline Larrère :

Céline Larrère naît en Haute-Saône où elle est élevée au ballet de vache montbéliarde, ce qui lui vaut un bon nombre de tutus à paillettes et un baccalauréat scientifique. À la fin du XXe siècle, elle monte à la capitale pour y faire des études sauvages de danse, lettres, philosophie, ethnologie. Suite à un choc esthétique salvateur outre-Rhin, elle s’exile momentanément dans les Balkans, puis se spécialise dans la performance improvisée mouvement-voix qui bouge, fait du son et du mot, résolvant par là le dilemme corps-nez-lien de son parcours sans queue ni tête. En 2011, elle est consacrée «artiste chorégraphique» par Pôle Emploi. 

 

Elle vit dans le ventricule du Jura et travaille un peu partout en France et en Europe, avec des personnes aux attributs divers et variés, développant un travail chorégraphique de recherche, de création et de pédagogie autour des notions d’attention, de sensation, de communication, d’imagination et de plaisir, qu’elle fomente avec la compagnie Morula.

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